
BMW s'offre ALPINA !
Alpina, BMW et l’élégance du temps long : la fin d’un monde, le début de deux histoires
Il y a des marques qui marquent par le bruit, par la performance brute ou par l’image.
Et puis il y a celles qui laissent une empreinte plus silencieuse, mais infiniment plus profonde. Alpina appartient à cette seconde catégorie. Pour les passionnés de belles allemandes, le tournant amorcé entre 2025 et 2026 n’est pas une simple évolution industrielle : c’est un moment chargé d’émotion, presque intime.
Pendant plus de cinquante ans, Alpina a incarné une idée rare de l’automobile : celle d’un luxe discret, d’une performance feutrée, d’une voiture capable d’avaler l’Europe à très haute vitesse sans jamais chercher à le prouver. À Buchloe, loin des grandes usines et du marketing tapageur, Alpina a construit sa légende en marge du système, tout en s’appuyant sur les bases de BMW.

Une histoire unique dans l’univers BMW
Fondée en 1965 par Burkard Bovensiepen, Alpina n’a jamais été une simple division ou un label. Elle est devenue un constructeur à part entière, reconnu comme tel, avec ses propres homologations, ses numéros de châssis spécifiques, ses moteurs retravaillés en profondeur et une philosophie technique très claire. Là où BMW M cherchait la radicalité et le chrono, Alpina visait l’équilibre, le couple, la stabilité et le confort à haute vitesse.
C’est cette approche qui a donné naissance à des modèles devenus mythiques. La B10 Bi-Turbo, capable au début des années 90 de devenir la berline la plus rapide du monde sans en avoir l’air. Les différentes B7, véritables salons roulants taillés pour l’Autobahn. Les B5, souvent considérées comme l’expression la plus aboutie du grand tourisme moderne. Et même les D3 et D5, diesels d’exception pensés pour parcourir des centaines de milliers de kilomètres dans une sérénité totale.
Une Alpina ne s’est jamais comprise sur une fiche technique. Elle se ressent dans le silence, dans la douceur de la mécanique, dans la qualité d’un cuir Lavalina cousu main, dans cette sensation étrange de rouler très vite… sans jamais être pressé.

Le rachat BMW–Alpina : une histoire en deux temps
C’est là que la confusion actuelle trouve son origine. Beaucoup parlent aujourd’hui d’un « rachat récent », alors que la réalité est plus subtile. Le rapprochement entre BMW et Alpina a été officiellement acté en 2022. À ce moment-là, BMW rachète la marque et ses droits, mais laisse Alpina poursuivre son activité comme auparavant. Pour le public, rien ne change. Les voitures continuent de sortir de Buchloe, avec leur identité intacte.
Cette phase n’était pourtant qu’une transition. Elle s’est achevée le 31 décembre 2025. À partir du 1er janvier 2026, Alpina cesse définitivement d’exister en tant que constructeur indépendant. Les VIN spécifiques disparaissent, les développements totalement autonomes prennent fin, et la marque devient pleinement intégrée au groupe BMW. C’est ce basculement concret, industriel, visible, que beaucoup interprètent aujourd’hui comme un rachat « récent », alors qu’il s’agit en réalité de la mise en application finale d’un accord ancien.
C’est aussi, symboliquement, la fin de l’ère historique Alpina.

Pourquoi BMW avait besoin d’Alpina
Cette décision n’est pas dictée par la nostalgie, mais par une lecture très lucide du marché. Mercedes a bâti une hiérarchie limpide avec sa gamme classique, AMG pour la sportivité, et Mercedes-Maybach pour l’ultraluxe. Cette stratégie fonctionne remarquablement bien, notamment en Asie et aux États-Unis.
Chez BMW, l’écart entre une Série 7 et une Rolls-Royce est immense. Alpina est appelée à combler ce vide. L’ambition est claire : faire de BMW Alpina le sommet du grand tourisme, un luxe intermédiaire où le confort absolu, la performance feutrée et la distinction priment sur l’ostentation. Là où BMW M parle aux amateurs de sensations fortes, Alpina s’adresse à ceux qui veulent voyager vite, loin et longtemps, dans une forme de sérénité mécanique devenue rare.
BMW promet de préserver l’ADN Alpina : pas de chasse au Nürburgring, pas de rigidité excessive, mais une montée en gamme encore plus marquée, avec des matériaux exclusifs, des palettes de couleurs inédites et une personnalisation qui devra rendre chaque Alpina immédiatement identifiable.

Le véritable coup de théâtre : la famille Bovensiepen
Mais l’aspect le plus fascinant de cette transition se joue ailleurs. En vendant la marque, la famille fondatrice a cédé le nom Alpina, mais pas son savoir-faire ni sa passion. Plutôt que de disparaître, elle a choisi de renaître sous une autre forme.
Ainsi est née Bovensiepen, une nouvelle marque portant le nom de la famille. Installée dans les ateliers historiques de Buchloe, elle se détourne volontairement de toute logique industrielle pour revenir à l’essence même de l’automobile artisanale. Ici, il n’est plus question de volumes, mais de pièces uniques, de créations sur mesure, de haute couture automobile destinée à une poignée de collectionneurs.
On peut imaginer des projets basés sur des BMW existantes, entièrement réinterprétées, ou même des réécritures modernes d’anciennes icônes. Le ticket d’entrée sera sans doute hors norme, mais c’est précisément le prix de cette exclusivité ultime.

Deux chemins, une même passion
Le paradoxe est presque poétique. Là où l’on pensait perdre Alpina, on se retrouve avec deux entités distinctes. D’un côté, BMW Alpina, dotée de moyens colossaux, d’une visibilité mondiale et d’une ambition claire face à Maybach. De l’autre, Bovensiepen, gardienne de l’artisanat, du sur-mesure et de cette liberté créative qui a fait naître la légende.
C’est un peu comme si un groupe culte signait avec une major pour remplir des stades, tout en continuant à produire, en parallèle, des vinyles pressés à la main pour les amateurs éclairés.

Conclusion
Alpina n’est pas morte. Elle a changé de dimension.
Son héritage, lui, est intact. Et il se prolonge désormais sur deux voies complémentaires : l’une industrielle, ambitieuse et visible ; l’autre confidentielle, radicalement exclusive et passionnée.
Reste une question, presque philosophique, que seuls les vrais amateurs sauront trancher.
Le jour où tout devient possible, choisit-on le confort souverain et la technologie d’une BMW Alpina… ou l’émotion brute et l’unicité d’une Bovensiepen façonnée à la main ?
L’avenir dira laquelle de ces deux histoires fera le plus rêver.
